My absolute darling . Gabriel Tallent

Traduit de l’américain par Laura Derajinski
(Gallmeister, 2018). 454 pages.

   

My absolute darling, tout à la fois insoutenable et captivant, nous interroge sur les liens qui unissent et désunissent un père et une fille enfermés dans une relation passionnelle et toxique. D’une noirceur absolue, le récit sonde la dérive de l’âme humaine et porte le malaise à l’incandescence. Ouvrir ce roman, c’est accepter d’être remué(e), dérangé(e), emporté(e) par un torrent de violence, un tsunami émotionnel. Gabriel Tallent donne vie a une héroïne comme on en voit peu, troublante et inoubliable.

Elle s’appelle Julia, alias Turtle, et passe le plus clair de son temps à marcher en silence, armée jusqu’aux dents, dans les forêts sauvages de la côte nord de la Californie. A quatorze ans, l’adolescente vit avec son père Martin dans une maison qui se délabre en parallèle des angoisses. Isolée au milieu d’une nature belle à en mourir, loin de la vie normale de ses camarades de classe, elle est privée de repères.
Martin, hanté par ses démons intérieurs, voit le monde comme une menace et fait couler l’alcool dans sa gorge dès le réveil. Il élève sa fille dans le mépris de soi, la haine des autres et la peur de l’avenir. L’homme est charismatique avec sa carrure imposante, ses mains calleuses et ses paroles taillées à la serpe. Dans ce monde qui n’a rien d’un conte de fées, son amour pour sa fille – sa croquette comme il aime l’appeler – semble pourtant bien réel et sincère. Il est incommensurable, démesuré, déraisonnable, sans limite. Dans sa bouche, les insultes fusent et s’entrechoquent avec les mots d’amour. Elle est sa chair, elle est son sang, elle est tout pour lui.
Dans la tête de Julia, l’amour, la honte, la culpabilité et la haine se disputent avec rage et la paralysent alors qu’elle essaye de devenir elle-même.

Gabriel Tallent sait parfaitement exprimer le trouble de la jeune adolescente, sa lutte pour se libérer de l’emprise paternelle et s’affranchir de son héritage misérable, ses tentatives pour se connecter à ses émotions et à celles des autres, pour se construire et devenir une femme. En dépit de toutes les choses horribles qui s’y passent, My absolute Darling cache une immense beauté. Surprenante, bouleversante, capable de nous atteindre au plus profond, de nous laisser la boule au ventre après chacune des pages. Si le roman souffre de quelques petites longueurs, l’écriture sèche, rythmée, l’ambiance troublante et les paysages fascinants poussent à avancer la lecture à flux tendu. Pas de doute, Gabriel Tallent a toute sa place dans la ligne éditoriale des éditions Gallmeister, aux côtés de David Vann et d’Emily Fridlund !

Accompagnement gustatif suggéré : Des oeufs crus, de la bière et des scorpions…
Accompagnement sonore suggéré : Les bruits de la nature, le bois d’une maison qui craque.

5 thoughts on “My absolute darling . Gabriel Tallent

  1. Salut Emma,
    Je suis en train de le lire. Je ne suis pas complètement convaincu. Même si l’ambiance est génialement sombre et asphyxiante, je trouve certains passages très longs et inutiles. Je pense qu’au final, j’aurai bien aimé, mais je n’en ferai pas un coup de cœur. Il manque peut-être un fil conducteur…

    1. Salut !
      Le roman comporte quelques longueurs mais voilà plusieurs jours que je l’ai terminé et il continue à me hanter. Le fil conducteur, c’est l’émancipation de la gamine, sa lutte contre l’emprise psychologique et sa dépendance émotionnelle ingérable…J’ai été touchée par son parcours et sa personnalité.

  2. Je l’ai commandé et l’attend avec tellement d’impatience !
    La critique est unanime et je pense que Gallmeister a vraiment frappé un grand coup en publiant “my absolute darling”

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