Les sables de L’amargosa . Claire Vaye Watkins

Traduit de l’anglais (États-unis) par Sarah Gurcel .
(Albin Michel, parution 24 août 2017).

   

Claire Vaye Watkins impressionne. Son premier roman, hypnotique et puissant, s’inscrit dans la lignée des grands récits de l’errance, réveillant le genre par son audace, son lyrisme et sa dimension écologique. On pense à l’univers de McCarthy et à la plume d’Emma Cline. Pas moins. Les inspirations sont nombreuses mais l’oeuvre est singulière, explorant mille thèmes sans jamais perdre le lecteur.

La Californie aride et poussiéreuse, comme balayée par un vent mauvais, n’est plus qu’un décor apocalyptique. Une immense dune de sable, symbole de la sécheresse qui menace de ravager l’ouest américain, fait battre en retraite la civilisation. Seuls quelques marginaux refusent de lever le camp. Des asociaux, des laissés-pour-compte qui ne trouvaient pas de place ailleurs, des fugitifs, des paumés avides de liberté, des losers égarés… Parmi eux, Luz, ancien mannequin placée trop tôt sous les flashs des photographes et Ray, soldat déserteur passionné de surf, ont élu domicile dans une villa de star désertée. Une rencontre avec une gamine esseulée de deux ans va faire basculer leur vie de manière irrévocable. Commence alors une odyssée palpitante vers une mystérieuse communauté …

“Les métaphores étaient inévitables. L’Amargosa était une maladie : un cancer, une malignité, une tumeur. Un bulldozer, un rouleau compresseur. Une bête insatiable, un corps obèse s’autogénérant, une boursouflure informe se bâfrant de terres fraîches…”. Voici donnés l’atmosphère, le décor étrange dans lequel baigne le roman. Donnée aussi, une idée de l’admirable écriture de Claire Vaye Watkins, audacieuse, lyrique, dérangeante, capable d’époustouflants instants de grâce. Elle ose le mélange de dialogues crus et de passages empreints de poésie. La jeune écrivaine Californienne implique le lecteur, lui donne à voir, sentir, toucher, ressentir. On est crasseux, panés par le sable, assommés par la chaleur suffocante et inondés de lumière. On est mal à l’aise et apaisés à la fois, perdus dans l’immensité de cette dune mouvante.
Claire Vaye Watkins mêle avec brio un monde teinté de fantastique et des enjeux intimes poignants, conférant à son récit un réalisme saisissant. A mi-chemin entre le roman d’anticipation et d’aventure, Les sables de l’Amargosa s’offre aussi à lire comme un roman d’amour.
La dimension prémonitoire et le propos écologique, pourtant évoqués en filigrane, ne manque pas de faire émerger de multiples questionnements qui demeurent longtemps en tête après la fermeture du livre.
En dépit de quelques (très petites) imperfections, les sables de l’Amargosa est un premier roman extrêmement ambitieux que j’ai envie de défendre haut et fort. Une nouvelle voix de la littérature américaine est née. Nul doute que l’adaptation cinématographique ne va pas tarder à pointer le bout de son nez. Ne passez pas à côté de ce talent déroutant…

Accompagnement gustatif suggéré : De l’eau pour nettoyer les particules de sables et de poussières que les mots de Claire Vaye Watkins sèment dans votre palais.

5 thoughts on “Les sables de L’amargosa . Claire Vaye Watkins

  1. Il fait partie de ma liste de rentrée littéraire et ce que tu en dis me fait un peu penser à Anna de Niccolo Ammaniti que j’avais beaucoup aimé. J’ai hâte de le découvrir.

  2. Je n’ai pas du tout aimé ce roman… Un cruel ennui m’a saisie dès les premières pages. Malgré une très jolie plume, le discours un peu trop fouillis, une intrigue trop irréaliste et des personnages grossiers m’ont fait tourner les pages avec une immense lassitude.

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