A la rencontre des libraires : escale à Lyon avec Sarah Gastel !

Sarah Gastel
libraire à Lyon
librairie Terre des livres

Libraire à la librairie Terre des livres (Lyon) et chroniqueuse dans la revue PAGE des libraires, Sarah Gastel accepte aujourd’hui de répondre à mes questions pour notre plus grand plaisir ! Sa spécialité ? Dénicher des petites perles et des éditeurs souvent méconnus et les présenter au plus grand nombre. Merci à elle d’avoir joué le jeu pour le blog !

Pouvez-vous nous toucher deux mots sur votre parcours et nous présenter la librairie “Terre des livres” ?
Après un master de Lettres modernes, j’ai intégré la librairie en tant qu’apprentie. Je suis devenue salariée l’année d’après. J’y suis depuis huit années maintenant pour ma plus grande joie. Créée en 2004, Terre des Livres est une librairie généraliste à taille humaine qui cherche à présenter l’offre la plus vaste, pour tous les âges et pour tous les goûts. De la jeunesse à la littérature en passant par la BD. Comme elle est située à proximité des facultés, elle possède un important rayon de sciences humaines et notamment de critique sociale. Mais le projet culturel de la librairie, son originalité la plus profonde, est son fonds spécialisé : des milliers d’ouvrages relatifs au Maghreb, à la littérature et à la langue arabes ainsi qu’aux Afriques. Nous participons d’ailleurs à la Fête du Livre de Bron chaque année pour mettre ces littératures en avant. Nous proposons aussi près de 10000 références en livres d’occasion et épuisés, pour les petits budgets et les curieux. Sont organisées très fréquemment des rencontres et des débats. C’est un formidable lieu culturel et militant. A ce sujet, il y a sur notre site un petit texte qui me tient particulièrement à cœur intitulé Pourquoi des petites librairies ? :




Pouvez-vous nous conseiller un livre qui vous a changé la vie ?
Je vais vous parler de poésie sans hésiter. J’ai toujours un recueil à portée de main, dans lequel je replonge fréquemment, y trouvant consolation, reprenant pied avec l’essentiel. Je pense à l’écrivain minimaliste Raymond Carver, poète des petites choses simples du quotidien, des bonheurs simples de l’instant présent. Touchant tous les aspects de l’existence, ses poèmes sont des morceaux d’humanité, pas étonnant qu’on s’y retrouve tous ! J’avoue aussi un penchant pour René Char. Et je viens de découvrir Sens Averse de Valérie Rouzeau (La Table Ronde) :

Fut-ce canard ou canette je m’éloigne de la case départ
Cela contente assez la gamine d’autrefois
Et la femme d’aujourd’hui qui achète six œufs vrais
Pendant que tambour tourne de machine à laver
Le linge sale des longues journées mauvaises
Fut-ce canard ou canette
Aperçu en rivière rapide depuis un tégévé
Parmi les secousses la très grande vitesse
Colvert ou boîte de bière j’y repense tout soudain
Partante oui mais pour un futur de lumières bonnes
L’heureux cas d’eurêka.

C’est pas fou, non ?


…un livre récemment paru à lire d’urgence ?
Histoire qu’il y en ait pour tous les goûts, trois livres :
Madame la Présidente (éditions Zoe) dans lequel Hélène Cooper raconte l’histoire d’Ellen Johnson Sirleaf, première présidente en 2006 du Liberia et d’Afrique, grâce au soutien massif des femmes de son pays. Une biographie passionnante et vivante qui se lit comme un roman, tout en esquissant en creux la société libérienne.


Idaho d’Emily Ruskovich. Après le splendide et âpre My absolute darling, Gallmeister nous enchante à nouveau avec un roman bouleversant et virtuose. On a le souffle coupé en lisant cette histoire haletante dont les personnages renferment des chagrins et des souvenirs oubliés. Car sur les terres sauvages d’Idaho s’est noué un drame familial…C’est tragique, c’est rude, ça prend aux tripes, ça parle de la mémoire, de l’oubli, du pardon, de l’amour, et c’est désespérément beau, d’une grande humanité, lumineux ! Le livre qui m’a le plus tourneboulée récemment.


Là où tout se passe (éditions de L’Observatoire). Par fragments et associations, Lara Pawson, reporter de guerre, raconte, au détour de souvenirs, tout aussi bien son enfance en Angleterre que la guerre civile en Angola. Et aborde les thématiques universelles de l’identité, du genre, de la sexualité, de la féminité et de la violence. Mais ce qui fait mouche, ce sont les incertitudes et remises en question chevillées au corps du texte et le questionnement de Lara sur sa position vis-à-vis d’un monde désordonné. Brillant, intransigeant et profond, Là où tout se passe est une autobiographie éclatée, lui conférant un onirisme magnétique.


Qui occupe la place de monstre sacré de la littérature dans votre cœur ?
Ils sont nombreux ! Camus, Steinbeck, Neruda, Jacques Roumain pour sa langue, Cossery pour tout, Brautigan pour sa mélancolie et son irrévérence, Yan Lianke pour sa poésie et son inventivité,…

De gauche à droite :  Albert Camus, John Steinbeck, Pablo Neruda, Jacques Roumain, Albert Cossery, Richard Brautigan et Yan Lianke.


A quoi ressemble votre bibliothèque personnelle ?
Je vais vous décevoir ! Une fois devenue librairie, j’ai vidé l’intégralité de mes bibliothèques. Etant entourée d’ouvrages toute la journée, il a fallu que je fasse le vide. Question d’équilibre. Ne restent que l’essentiel : la poésie et…la littérature africaine et du Maghreb. J’ai un goût et une curiosité immodérés pour ces littératures moins exposées. Et me fais un point d’honneur de me constituer un petit fonds. Sinon, comme j’accumule fréquemment des ouvrages, je les fais circuler, les prête, dépose dans ma cage d’escalier.

Que vous apporte votre partenariat avec la revue Page ?
Déjà, comme écrire m’amuse beaucoup, je me régale à rédiger des articles pour la revue depuis plusieurs années. Je fais par ce biais de nombreuses découvertes, sortant de mes zones de confort, puis c’est aussi un autre moyen de s’exprimer. Ensuite, humainement, c’est très enrichissant ! C’est un peu une grande famille. On y rencontre des gens sympathiques, des ententes se créent, on rigole beaucoup. C’est aussi un moyen de prolonger les échanges en dehors de la librairie mais aussi de discuter avec des confrères que je vois finalement très peu. Le fait de se dire qu’on participe et appartient à une communauté de passionnés dans toute la France me plaît bien. Je participe aussi à la présentation de la rentrée littéraire qui a lieu tous les ans à la BNF.

Le numéro 189 de la revue PAGE des libraires est actuellement en librairie. Il est consacré aux Polars de ce printemps mais regorge aussi de conseils lecture en littérature française, étrangère, premiers romans, poche, BD et jeunesse !


Retrouvez les précédentes escales de mon tour de France des Libraires :
Aurélie Janssens, libraire à la librairie Page et Plume (Limoges)
Betty Duval-Hubert, libraire à la librairie La buissonnière (Yvetot)
Cécile Babois, libraire (spécialiste Jeunesse) à la librairie Le carnet à spirales (Charlieu)
Charlène Busalli, Libraire à La Librairie du Tramway (Lyon)
Christelle Chandanson, Libraire à La Librairie du Elkar (Bayonne) 
Anne-Sophie Rouveloux, Libraire à La Librairie Chroniques (Cachan) 

…et l’interview des éditeurs  :

Hervé Richez, Directeur de la collection GRAND ANGLE (Editions Bambou)
Paola Grieco, Directrice éditoriale des éditions GULF Stream (Nantes)
Murielle Coueslan, Directrice éditoriale des éditions RAGEOT (Paris)

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