A la rencontre des libraires : escale à Cachan avec Anne-Sophie Rouveloux !

Anne-Sophie Rouveloux
libraire à Cachan
librairie Chroniques
(8 rue Guichard, 94 230)

Libraire à la librairie Chroniques (Cachan), chroniqueuse dans la revue PAGE des libraires et sur France Culture, dans “La Compagnie des auteurs”, Anne-Sophie Rouveloux est une lectrice passionnée et passionnante que j’ai découvert lors de la présentation de la rentrée littéraire Albin Michel où elle nous livrait, encore bouillante d’émotion, ses impressions sur le livre de Claire Vaye Watkins (“les sables de l’Amargosa”) que j’ai moi-même eu envie de défendre sur ce blog. Elle accepte aujourd’hui de répondre à mes questions et nous livre des réponses à son image : sans filtre, captivantes et à coeur ouvert. Merci à elle d’avoir joué le jeu pour le blog !

Pouvez-vous nous toucher deux mots sur votre parcours et nous présenter la librairie Chroniques ?
A la fin de mes études de lettres modernes, j’ai eu l’opportunité de travailler quelques mois dans une librairie spécialisée jeunesse. Cela a été une révélation. Dévorer (encore plus) de livres pour trouver celui susceptible de toucher un client… Quel challenge. Et j’ai immédiatement apprécié tous les aspects du métier. Si j’oublie deux petites erreurs de parcours, je suis libraire depuis bientôt dix ans. Je suis passée par des grandes enseignes culturelles, des librairies dédiées aux collectivités et plusieurs librairies indépendantes.
J’officie à Chroniques depuis bientôt un an. Nous sommes une librairie généraliste et tenons à pouvoir aussi bien conseiller en jeunesse, qu’en littérature adulte, ou en bande-dessinée… Mais chez nous, il y a aussi une grande implication, une immense attention accordée à toutes les parutions. Certes, les librairies indépendantes sont toutes dans cet état d’esprit, mais je le ressens encore plus fortement chez Chroniques. Dans les ouvrages que nous choisissons de mettre en avant, dans la volonté de proposer un fonds aussi exhaustif que nous le permet l’espace, et dans les événements que nous organisons, il y a une part de nous-mêmes. Jean-Claude, notre gérant, veille à garder cette identité et notre but ultime est d’offrir à nos clients ce qu’ils recherchent mais également de dénicher des pépites susceptibles de déclencher leur curiosité.




Pouvez-vous nous conseiller un livre qui nous transporte ?
“Transporte” est un terme assez positif et ce qui me vient à l’esprit est plutôt quelque chose qui “secoue”. J’ai peut-être bien quelque chose : Le monde de la fin d’Ofir Touché Gafla, paru chez Actes Sud. Ne vous fiez pas au point de départ dramatique, l’ensemble est vraiment enlevé et surprenant ! C’est un premier roman israëlien qui nous présente un écrivain, Ben, chargé d’écrire les fins des romans. Venant de perdre sa femme, il se suicide pour la rejoindre, persuadé de l’existence d’un au-delà. Mais quelle surprise lorsqu’il découvre que dans le monde d’après, on vit nu, on occupe des logements organisés selon la date de notre mort et on n’a plus à utiliser d’argent. Tous parlent dans une langue universelle et chacun peut programmer un sommeil éternel lorsqu’il se sent fatigué de « vivre ». Une fois qu’il a pris ses marques, Ben se lance à la recherche de sa femme, sans succès et engage un détective privé… et se retrouve pris dans une drôle d’histoire qui va avoir des répercussions dans le monde des vivants.
C’est incroyablement imaginatif et divertissant ! Et mine de rien, cela nous permet de nous interroger sur ce qu’est l’amour et peut être lu par un public fana ou non de fantastique.


…votre best-seller préféré ?
Ah best-seller… Le terme me fait un peu peur, pas vous ? Si l’on parle en termes de ventes et que cela désigne un ouvrage capable de remporter tous les suffrages, alors je dirais Harry Potter (même si je n’étais qu’une ado quand je les ai lus et me fichais bien de ce terme « best-seller »)
Est-ce que l’on peut aussi considérer que « best-seller » renvoie à un classique susceptible de toucher le plus grand nombre (et qu’on vend comme des fous à la librairie ) ? Là, ma réponse est Martin Eden, de Jack London !


…un livre récemment paru à lire d’urgence ?
My Absolute Darling, paru chez Gallmeister, sans hésiter. Bouleversant, dur, violent, mais lumineux, grâce à son héroïne adolescente. Turtle. Elle vit sur la côte californienne, dans une maison délabrée, en compagnie de son père, qui abuse d’elle et la violente. Elle va tenter de se détacher de son emprise, de s’enfuir, et la première étape pour elle sera sa rencontre avec deux autres ados, Jacob et Bret. Ce livre possède une force incroyable. Il incite à être aussi fort, courageux que cette fille et parle de l’entraide dans nos sociétés, de l’école, des armes qui, aux USA, peuvent tout autant se retrouver dans les mains d’un monstre, que d’une jeune femme. Dire que c’est un premier roman… On a hâte de voir les prochains ouvrages de ce jeune auteur américain.

Comment ne pas partager le point de vue d’Anne-Sophie sur ce roman bouleversant et cette héroïne inoubliable ? Retrouvez ma chronique sur le blog !


Qui occupe la place de monstre sacré de la littérature dans votre cœur ?
Ils sont plusieurs. Zola pour m’avoir donné envie de courir à Paris, Céline pour sa langue, Ellroy pour sa noirceur, Bret Easton Ellis pour avoir mis le doigt sur le « vide » de nos existences . Mais si je ne dois en choisir qu’un c’est David Foster Wallace. Un génie, qui s’est foutu en l’air alors que c’était un homme exceptionnel. Lisez L’Infinie Comédie. Il y a tout dedans : l’audace d’une construction à première vue illisible (l’ouvrage fait 1400 pages, dont 300 pages de notes de bas de page), la solitude humaine (les gens se parlent mais ne s’écoutent pas), ce côté déjanté que j’aime tant retrouver dans les ouvrages (un film qui rend fou, une bande de séparatistes québécois lancés à sa poursuite…) et l’aspect visionnaire (Dans ce futur proche, la pub a été jusqu’à racheter les mois et les années du calendrier… Le livre est paru dans les années 90 aux USA.) C’est hilarant et complètement désespéré.


Que vous apporte votre partenariat avec la revue Page ?
Tellement de joie ! En premier lieu, j’adore écrire donc la rédaction d’articles me plaît énormément et c’est un autre moyen de m’exprimer sur mes dernières lectures. Ensuite, il y a les liens, forts, que nous entretenons entre les membres de l’équipe, et toutes les belles rencontres que nous faisons, humaines et littéraires. Le point d’orgue c’est bien sûr la présentation de la rentrée littéraire qui a lieu tous les ans, avant l’été, à la BNF. J’ai également la chance de faire régulièrement une chronique sur France Culture, dans « La Compagnie des auteurs », grâce à un partenariat avec la revue des libraires. Je suis accro à Page. On peut s’y impliquer de mille manières, et l’on ne s’ennuie jamais. La grande aventure, quoi.

…et visionnez l’intervention d’Anne-Sophie Rouveloux lors de la réunion Albin Michel spéciale rentrée littéraire 2017


Le numéro 188 de la revue PAGE des libraires est actuellement en librairie. Pour notre plus grand bonheur, elle est consacrée aux titres phares de cette rentrée d’hiver en littérature française, étrangère, premiers romans, poche, BD et jeunesse !


Retrouvez les précédentes escales de mon tour de France des Libraires :
Aurélie Janssens, libraire à la librairie Page et Plume (Limoges)
Betty Duval-Hubert, libraire à la librairie La buissonnière (Yvetot)
Cécile Babois, libraire (spécialiste Jeunesse) à la librairie Le carnet à spirales (Charlieu)
Charlène Busalli, Libraire à La Librairie du Tramway (Lyon)
Christelle Chandanson, Libraire à La Librairie du Elkar (Bayonne)

…et l’interview des éditeurs  :

Hervé Richez, Directeur de la collection GRAND ANGLE (Editions Bambou)
Paola Grieco, Directrice éditoriale des éditions GULF Stream (Nantes)
Murielle Coueslan, Directrice éditoriale des éditions RAGEOT (Paris)

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