Wild side. Michael Imperioli

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié
(Éditions Autrement, 29 août 2018).
291 pages

   

Il est musicien, poète, impénétrable et hypersensible. Il s’appelle Lou Reed . Lorsque Matthew, seize ans, tombe sur lui alors qu’il vient d’emménager à Manhattan, c’est sa vie entière qui bascule. Il est subjugué par la personnalité trouble de l’artiste, ses fulgurances, ses fêlures… Il nourrit son âme auprès de lui, non sans risques. Michael Imperioli nous propose un roman inclassable, troublant et profondément sensible. Impossible à lâcher.

Les temps sont durs pour Matthew et sa mère. Leur tête à tête dans leur maison du Queens devient chaque jour plus oppressant. A seize ans, le jeune homme n’est pas équipé pour affronter un abandon, deux décès et une dépression maternelle…
Puis soudain, c’est le saut dans l’inconnu. Un héritage inattendu bouscule tout. Comme arrachée brièvement au désespoir, sa mère prépare leurs valises pour Manhattan. Spectateur incrédule de son déménagement, Matthew se terre dans un mutisme prudent. “Manhattan, quand vous habitez à Jackson Heights, c’était le bout du monde”. Matthew ne le sait pas encore, mais cette déviation du destin va l’amener à croiser la route de l’emblématique Lou Reed et celle de la fantomatique Véronica. Avec eux, il va nourrir son âme, au risque de se perdre…

A l’amorce de sa vie d’homme, Matthew cherche à marcher loin du sentier crasseux tracé par un père sans morale et une mère shootée aux anxiolytiques.
Lou, rempli de poèmes et de substances, le fait voyager spirituellement et l’incite malgré lui à emprunter the wild side. D’éclatantes descriptions de la personnalité trouble et impénétrable de Lou émaillent le livre. Son charisme saute au visage quoi qu’il fasse. Son hyper-émotivité – que Matthew nommera “sensibilité aiguë à la fragilité humaine” – déroute et bouleverse. Comme beaucoup des textes de l’artiste, le personnage de Lou est magnifiquement troublant. On ne communique jamais vraiment avec Lou mais Matthew s’en accommode aisément. Il a le loisirs d’observer avec fascination ce père de substitution improbable.
Véronica, pleine de mystère et d’intensité, constamment trahie par ses yeux perçants, attire Matthew toujours plus près du précipice. Avec l’avidité de ses seize-ans, elle explore les limites, se brûle les ailes et recommence, inlassablement et toujours plus loin. Intrigué et tout entier sous son charme, Matthew ne peut rien lui refuser.
Difficile néanmoins de rester dans les bonnes grâce de Véronica et de suivre le rythme drogue-sexe-alcool-clopes de Lou. Matthew sait qu’avec eux il avance comme un funambule au dessus du vide mais refuse de prêter attention aux multiples alarmes qui le mettent en garde contre les évènements à venir. Il ne peut s’empêcher de les suivre.
Matthew apprend la vie passivement, en observant deux écorchés vifs. Son calme, sa discrétion et son mutisme cachent de vives émotions intérieures. Michael Imperioli auréole son narrateur de mystère, brouille la frontière entre fantasme, folie et réalité. Le trouble discret qu’il jette est presque indicible, distillé par petites touches. Son écriture va au plus précis, évite les effets lyriques. Son premier roman est percutant, plein de poésie, de mélancolie et d’authenticité. Inspiré et inspirant. Bravo.

Accompagnement gustatif suggéré : Des Milkshakes roses et du bacon.
Accompagnement sonore suggéré : Lou Reed, évidemment

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