Une histoire des loups . Emily Fridlund

Traduit de l’anglais (États-unis) par Juliane Nivelt
(Gallmeister, parution 17 août 2017).

   

Une histoire des loups est un premier roman original, élégant et dérangeant qui marque la brillante entrée d’Emily Fridlund dans la littérature américaine. Salué par la presse anglophone lors de sa sortie outre-atlantique, Une histoire des loups nous emmène au fin fond du Minnesota. On en sort éblouis par la maîtrise narrative et la puissance d’incarnation de la jeune auteure.

Madeline n’est pas une adolescente ordinaire. Elle s’ennuie à n’en plus finir dans sa cabane au bord d’un lac, en marge d’une forêt du Minnesota. Lorsque surgit dans son quotidien atone une « vraie famille » aisée et heureuse, Madeleine est irrésistiblement attirée par eux. Elle observe à travers ses jumelles la vie paisible qu’ils mènent sur la rive opposée. Petit à petit, l’adolescente entre dans ce foyer qui la fascine, garde occasionnellement le petit garçon de quatre ans et partage quelques repas de famille. S’occuper d’un enfant n’est pas inné chez Madeline et sa patience est limitée, mais la mère la convie de plus en plus souvent. A y regarder de plus près, cette famille est troublante. Qui sont-ils, ces gens si parfaits ? Un affreux pressentiment imprègne le lecteur. Renfermée et livrée à elle-même, l’adolescente est aveugle aux blessures et à la violence de ceux qui l’entoure. Sans connaître les circonstances, nous savons dès le début du roman que le petit garçon décède et qu’il y a un procès. C’est à posteriori, alors qu’elle est devenue une femme solitaire de 37 ans, que Madeline nous raconte cette année cruciale de sa vie d’adolescente où elle a côtoyé l’horreur.

Emily Fridlund sonde la violence quotidienne au sein des familles, où les enfants deviennent otages du dogme des parents alors qu’ils se croyaient évoluer dans un havre de sécurité. Elle décortique les mécanismes de séduction et de domination psychologique avec un talent fou et une prose élégante. Elle donne la parole à une narratrice hors du commun difficile à cerner. Silencieuse et inexpressive, Madeline nous déroute autant qu’elle nous touche. On ressent son malaise psychologique, l’ambiguïté et la fragilité de son être et devine son besoin d’amour criant trop bien enfoui. Jamais d’artifice, mais une écriture sans fard qui instaure un climat captivant. Un premier roman qui devrait faire parler de lui !

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *