Umami . Laïa Jufresa

Traduit de l’espagnol (Mexique) par Margot Nguyen Béraud
(Folio, 2017).

   

Umami. Derrière ce drôle de nom japonais se cache une saveur mystérieuse, à distinguer des quatre goûts fondamentaux. Une sensation de plaisir pour les papilles qui donne envie d’y revenir. Le roman choral de Laïa Jufresa se déguste ainsi, comme une gourmandise piquante, savoureuse et mordante. Il nous emballe avec sa poésie, son charme fou et sa ribambelle de personnages solaires. Un texte aussi irrésistible que la coupelle de saucisson à l’apéritif !

L’histoire se passe à Mexico. Sur un ton à la fois léger et sérieux, Laïa Jufresa dépeint la vie des habitants d’un lotissement doublement frappé par le deuil. Umami est le nom qu’Alfonso a choisi pour la maison qu’il a fait bâtir sur les ruines de l’ancienne propriété de ses grands-parents. Quatre autres logements composent cet îlot, baptisés chacun du nom d’une saveur. On avance dans ce roman fantaisiste en regardant les lumières aux fenêtres. Ici Alfonso, que la mort de sa femme a laissé médusé. Plus loin la jeune Ana, déterminée à planter une milpa dans l’arrière-cour de sa maison (culture traditionnelle des communautés indiennes du Mexique), pour tromper l’ennui et détourner ses parents de leur chagrin. Du côté de la maison Amer, Marina, étudiante en art aussi créative que tourmentée, entame un nouveau départ loin de sa famille. Entre les murs d’Acide, Pina tente de dissiper le brouillard laissé par le départ inexpliqué de sa mère.

Qu’ils soient angoissés ou désorientés, tous les personnages de Laïa Jufresa apprennent à se réinventer pour faire face aux épreuves et surmonter leurs pertes. Umami fait partie de ces romans qui vous offre une belle leçon de vie sans en avoir l’air. Malgré une toile de fond dramatique, Umami demeure lumineux et réjouissant.
Son roman n’est pas parfait mais la jeune auteure mexicaine tient bien son récit, esquisse des personnages attendrissants et trouve le bon équilibre entre sérieux et extravagance, légèreté et émotion. Le bon sens comme la bienveillance ne manquent pas de ponctuer ce roman faussement simple. A travers le point de vue de ses héros un peu frappés, Laïa Jufresa nous invite à réfléchir sur la vie, la perte, l’amour, la communauté, les actes manqués…
Chaotique en apparence, Umami est un conte polyphonique construit comme un kaléidoscope fait d’anecdotes, de tranches de vies et de souvenirs qui, au fil de la narration, s’imbriquent et finissent par tisser une trame très habile. Ainsi les voix se superposent et les paragraphes se télescopent sans logique apparente, comme un amoncellement de confessions mis bout à bout. Le texte ressemble à un lainage tissé de fils colorés, aussi enveloppant que surprenant. Une vraie bulle de fraicheur à ne pas manquer !

Accompagnement gustatif suggéré : Tomates mûres, fromages affinés, champignons séchés, sauce soja, anchois, asperges, charcuterie, oignon…Umami, quoi !
Accompagnement sonore suggéré : Nina simone.

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