Sukkwan island . David Vann

Traduit de l’américain par Laura Derajinski
(Format poche Gallmeister, 2017).

   

Couronné par le prix Médicis étranger en 2010, Sukkwan Island se refait une beauté grâce aux éditions Gallmeister. L’occasion pour moi de découvrir ce roman magistral et d’appréhender l’oeuvre d’un auteur américain incontournable. Quelle claque ! Avec ce premier roman, David Vann dégoupille une grenade inspirée de son histoire personnelle et nous offre 193 pages de pure noirceur, imprégnées par une aventure tragique, des personnages désarmants, un décor somptueux et un suspense à couper le souffle.

Pour tenter d’expier ses fautes passés et prendre un nouveau départ, Jim ne trouve qu’une solution : s’enfuir loin de tout. S’abstraire du monde est son obsession. Le voici donc isolé avec son fils de treize ans sur un îlot au large de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion. Un territoire perdu quasiment vierge d’une beauté sauvage aussi fascinante qu’impitoyable.
Que vient chercher Jim en ce lieu ? Souhaite t’il se mesurer à la nature pour enfin devenir lui-même, loin des tentations et des relations charnelles éphémères qui l’empoisonnent ? Pense-t’il trouver le calme, la paix, le repos et renouer avec son fils ? Recherche-t’il un hypothétique pardon ?
Les démons qui l’assaillent sont tenaces et Jim aura toutes les peines du monde à arrêter le train en marche. Tout semble corrompu par ce passé qui le hante. Cette île ne tarde pas à se transformer en huit-clos oppressant.

Ouvrir Sukkwan Island, c’est accepter d’être emporté par un torrent de violence où se côtoient l’atroce et le sublime. Le récit est glaçant mais tellement bien construit qu’on ne peut s’en détacher, même lorsqu’il dépasse notre faculté d’encaissement. David Vann refuse le rebondissement classique et nous prend sans cesse au dépourvu. Il dose parfaitement la tension grandissante et conduit son roman sans baisse de régime.
Ses personnages ont bien du mal à garder le contrôle de la situation et leur sang-froid face aux déconvenues de cette aventure mal préparée. Cette accumulation d’évènements, heureux ou tragiques mais toujours imprévus fait bouillir nos nerfs. David Vann passe tout au crible du regard et des sensations de ses personnages et offre au lecteur d’éprouver ce qu’ils vivent.
Ce roman donne à la nature une place de personnage principal. Elle n’hésite pas à montrer ses crocs et à reprendre ses droits. L’auteur dépeint l’immensité de l’Alaska avec intensité. J’ai été happée par cette plongée haletante et bouleversante en terre hostile. Avec ce texte sombre sur la dérive de l’âme humaine dans une situation extrême, David Vann opère une entrée en littérature fracassante. Aujourd’hui il est l’auteur d’une demi douzaine de romans plébiscités par les critiques.

Accompagnement gustatif suggéré : Du saumon.
Accompagnement sonore suggéré : Les bruits de la nature qui reprend ses droits

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