Station Eleven . Emily St. John Mandel

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Traduit de l’anglais (Canada) par Gérard de Chergé
(Rivages, 24 août 2016).

   

Et si l’apocalypse était pour aujourd’hui ? Dans son nouveau roman, Emily St. John Mandel imagine pour nous le monde dévasté par une épidémie de Grippe. Visuellement magnifique et porté par une plume élégante, Station Eleven évolue sur deux décennies, loin des sentiers battus. Dans un va et vient captivant entre passé et présent, on y suit les destins croisés de personnages subtils et bouleversants. Une histoire intense et belle au dénouement somptueux.

Une nuit enneigée à Toronto, le célèbre acteur Arthur Leander s’écroule sur scène lors d’une représentation du Roi Lear. Au même moment, une nouvelle souche virulente de la grippe arrive par avion. En peu de temps, elle va balayer le monde entier, effaçant 99% de l’humanité. Pris de court, beaucoup n’arrivent pas à y croire, pensent d’abord à une crise passagère. Mais les voitures abandonnées à la sortie des villes, les maisons désertées, les cadavres…certains signes ne trompent pas. Plus rien ne sera jamais comme avant. Aux quatre coins de la ville, Jeevan, Clark, Miranda et bien d’autres vont devoir prendre des décisions…
Vingt ans plus tard, même si le monde demeure hostile, le pire semble passé et les survivants se sont regroupés dans des communautés parsemées. Kirsten, qui avait huit ans lorsque le fléau a frappé, parcourt aujourd’hui les forêts qui bordent les grands lacs d’Amérique du Nord en compagnie d’une troupe de théâtre itinérante, avançant coûte que coûte pour que subsiste l’art. Peu à peu, au fil des pages, les liens qui unissent Kirsten et tous les autres personnages se révèlent et les deux mondes vont s’entremêler.

Plonger dans le quotidien de la compagnie itinérante nous offre l’occasion d’explorer les mutations du monde dans une succession de paysages évocateurs. Les scènes défilent comme des tableaux, magnifiques et élégants. On est happés dans la contemplation du calme, tour à tour inquiétant, mélancolique ou apaisant.
La grande intelligence de ce roman, c’est sa construction qui nous donne à voir ce qu’était la vie avant, pendant et après la pandémie. Kirsten, comme beaucoup, peine à se remémorer l’ancien monde. D’autres, plus âgés, continuent à vivre dans le passé quand bien même tous savent qu’une page de l’humanité à été tournée. La mémoire les empêcherait-ils d’être heureux ? Mais que ferions-nous si, comme eux, nous étions obligés de trouver très vite un nouveau sens à notre vie après avoir vu disparaître sous nos yeux tous nos proches et nos repères ? Bien plus qu’un simple roman post-apocalyptique, Station Eleven nous amène à réfléchir sur la condition humaine. Sa subtilité et sa profondeur font de lui un incontournable de cette rentrée littéraire 2016 !

Accompagnement gustatif suggéré : Ce qui vous tombe sous la main fera l’affaire.
Accompagnement sonore suggéré : Les bruits de la nature qui reprend ses droits.

4 thoughts on “Station Eleven . Emily St. John Mandel

  1. Je plussoie! Un incontournable de la rentrée. Un roman post-apocalyptique qui sort des sentiers battus. La construction joue pour beaucoup dans l’impact crée par le roman. J’ai aimé me promener dans les différentes époques et découvrir (ou perdre en cours de route) cette foisonnante galerie de personnages.

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