Six jours . Ryan Gattis

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Traduit de l’anglais (Etats-unis) par Nicolas Richard (Fayard, 2015).

   

Dès la première scène de Six jours, la violence nous prend à la gorge. Avec pour toile de fond les émeutes qui ont enflammé Los Angeles en 1992, le récit de Ryan Gattis nous propose une immersion complète et brutale dans un quartier miné par la violence et les tensions ethniques. On y suit le destin de 17 personnes prises dans l’engrenage du chaos. Un docu-fiction sous tension aussi réussi qu’ultra-violent.

Le 29 avril 1992, quatre agents de police qui comparaissaient devant le tribunal de l’État de Californie pour avoir fait un usage excessif de la force envers Rodney King sont acquittés. La vidéo amateur sans équivoque montrant le passage à tabac de l’automobiliste noir n’a visiblement pas pesé dans la balance…Ce verdict va être le point de départ de violences urbaines qui vont se répandre dans la cité des anges comme une traînée de poudre. Émeutes, pillages, incendies et règlements de comptes rythment la vie de nombreux quartiers de L.A pendant six longs jours. Un déchaînement de violence qui aura fait vaciller l’ordre public pour un bilan très lourd : 60 morts directement imputés aux émeutes, 2300 blessés et plus d’un milliard de dollars de dégâts…
Dans son roman, Ryan Gattis éloigne son regard du foyer central des émeutes pour se poser dans le quartier de Lynwood, où des gangs chicanos surarmés se livrent bataille en toute impunité. La population y est abandonnée des forces de polices, livrée à elle-même. On y suit les destins croisés de 17 personnes prises dans une spirale sans fin ou chaque victime appelle vengeance. Certains sont acteurs, d’autres témoins ou victimes. Qu’ils le veuillent ou non, ils sont tous impliqués…

Oubliez l’image glamour de Los Angeles, les palmiers, le soleil et la magie d’Hollywood. Ryan Gattis vous plonge en immersion dans la face cachée de la ville, obscure et ultra-violente. Son récit nerveux est divisé en six chapitres pour autant de jours d’émeutes, vus chacun par trois personnes différentes. L’intrigue avance au rythme des différents faux-témoignages. Chefs de gangs, dealers, junkies, sapeur-pompier, infirmière, agent anonyme…tous s’adressent directement à nous, nous tutoient, emploient leur vocabulaire, leur phrasé, leur façon de raisonner (un glossaire nous permet de déchiffrer l’argot des gangs chicanos). L’écriture empreinte des cultures nous oblige à voir la réalité de cette Amérique tenue en marge telle qu’elle est, sans jugement ni fascination morbide. Ryan Gattis nous conduit au plus près du réel.
J’ai été particulièrement touchée par le portrait des adolescents. Déboussolés, coupables d’être nés au mauvais endroit, ils n’ont souvent pas d’autre choix que d’intégrer un gang pour s’en sortir. Leurs rêves se brisent à mesure qu’ils font un pas de plus dans l’engrenage. Ils sont presque tous destinés à un avenir tragique par leur histoire de famille ou leurs origines. Beaucoup vont devenir meurtriers sous nos yeux…
En délocalisant son regard, Ryan Gattis nous fait comprendre que l’affaire du 29 avril ne suffit pas à elle seule à expliquer un tel déchaînement d’horreurs. Le terrain était miné. Le drame a fait exploser au grand jour l’envers du décor Hollywoodien.

Accompagnement gustatif suggéré : Agua aux fruits frais. Citron vert.
Accompagnement sonore suggéré : Motown ou gangsta rap

2 thoughts on “Six jours . Ryan Gattis

  1. Première visite sur ton blogue, et pas la dernière! Une bien belle découverte pour moi. Bravo!
    Par ailleurs, j’attends la sortie de “Six jours” en poche pour mettre la main dessus. Ta chronique me donne d’autant plus envie!

  2. Merci Marie-Claude pour ces encouragements qui font du bien ! La sortie en poche de “six jours” est prévue pour demain 24 août ! A bientôt ! 😉

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