Sans oublier la baleine . John ironmonger

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Traduit de l’anglais par Christine Barbaste (Stock, 2016).

   

Sans oublier la baleine est une fable ultra-humaniste réjouissante saupoudrée d’humour anglais. Une lecture savoureuse et originale qui tend à nous prouver qu’il existe un remède à la portée de tous pour sauver l’humanité de n’importe quel maux : l’altruisme avec un grand A. Utopique ? Et comment ! Mais l’écriture irrésistible de John Ironmonger et ses personnages hauts en couleur redonneraient foi au plus misanthrope des hommes…

Dans l’absolu, voir quelqu’un venir à bout de la route sinueuse qui mène à leur village aurait suffi à épater les habitants de Saint-Piran. Que penser alors de l’arrivée pour le moins originale de Joe Haak, rejeté sur la plage nu comme un ver, porté par une baleine ? C’est peu dire que la quiétude du petit village côtier va être troublée après un événement de la sorte ! Des décennies plus tard, les traits attribués à Joe Haak sont assez fuyants et les faits relatés plus ou moins avérés, mais peu importe ! Une certitude met tout le monde d’accord : cet homme qui fait aujourd’hui parti du folklore local a accompli de grandes choses hier.
Pourtant, à dire vrai, les élans irrépressibles de Joe envers ses congénères et les éléments naturels étaient enfouis au fond de lui jusqu’au fameux jour où il goûta littéralement au sable des Cornouailles. La veille encore, il était analyste financier employé par une banque d’affaire Londonienne. Une sorte de prophète des temps moderne missionné pour alerter les traders quand une action est en chute libre.
Lorsque le programme de prédictions qu’il a mis cinq ans à concevoir fait perdre plus d’une centaine de millions de livres Sterling à son employeur dès les premières minutes de sa mise en service, Joe panique et prend la fuite le plus loin possible sans demander son reste. Au bout de sa route se trouve Saint-Piran… Pour Joe, ce petit village isolé de tout semble être l’endroit idéal pour faire table rase du passé et honorer une mystérieuse promesse. Il faut dire aussi qu’au milieu des Cornouialles, ses histoires de mathématicien ne suscitent pas la moindre attention…
Alors que Joe commence peu à peu à trouver la paix, son programme commence à prédire la fin du monde…Allons bon…

Dans ce hameau côtier perdu, la fin du monde est enrobé de tendresse, d’espoir et d’humour anglais. L’apocalypse selon John Ironmonger est délectable et son envie de croire au meilleur de chacun, contagieuse. Ce roman, assez bouleversant pour peu que l’on renonce à le lire avec cynisme et que l’on pardonne quelques clichés, a quelque chose de touchant. C’est utopique mais réconfortant de croire qu’en cas de catastrophe, l’empathie et la générosité prévaudraient plutôt que l’intérêt de chacun.
Comme Jeunet a pu le faire avec brio au cinéma dans le fabuleux destin d’Amélie poulain, John Ironmonger grossit généreusement le trait, parfois jusqu’à la caricature. Il en résulte une fable humaniste pleine de bons sentiments qui se plaît à accentuer les couleurs, les accents et les caractères pour colorer son récit et distiller en douceur des réflexions plus profondes. Intime et émouvant, Sans oublier la baleine est avant tout une histoire sur le meilleur et le pire de la nature humaine, la solitude et notre rapport aux autres.
L’écriture plaisante et fluide de John Ironmonger nous balade entre passé et présent, Londres et Saint-Piran et nous garde captif du suspense jusqu’à la dernière page.
Le dialogues So british sont irrésistibles. Joe haak, touchant et maladroit, se retrouve souvent piégé dans des conversations improbables à se tordre de rire.
Laissez vous porter par ce conte des temps modernes, il n’y a pas de mal à se faire du bien…

Accompagnement gustatif suggéré : Du poisson cru et du mauvais cidre (oui je sais, c’est rude)
Accompagnement sonore suggéré : “She loves you” des Beatles

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