Nos années sauvages . Karen Joy Fowler

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Traduit de l’anglais (États-unis) par Karine Lalechère (Presse de la cité, 2016).

   

Nos années sauvages est un roman sur lequel il est presque impossible de dire quoi que ce soit sans briser l’intensité du chaos émotionnel qui peut être vécu lors de sa lecture. Je vais donc tenter de vous donner envie de le lire sans déflorer le suspense. Karen Joy Fowler y conte une histoire audacieuse et troublante dont les questionnements viendront vous dévorer bien après la fermeture du livre.

À 22 ans, Rosemary est une jeune femme étrangement discrète et solitaire. Elle n’a pas toujours été ainsi et de toute évidence, quelque chose de traumatisant semble la vouer à l’isolement. Pour survivre à son enfance et dépasser sa réputation, elle a appris à se taire et se fondre dans la masse. Partir étudier loin de son foyer était une nécessité. Le roman commence ici : par le milieu, comme son père l’invitait à le faire pour tempérer son enthousiasme du temps où elle était encore une enfant décomplexée très loquace.
Un jour à l’université , Rosemary entre en collision avec l’extravagante et instable Harlow. Cette rencontre aussi improbable qu’amusante va provoquer chez elle une série de sentiments confus. Elle s’en remet alors à ses vieux souvenirs fragiles et usés pour tenter de déterrer l’événement à l’origine de l’implosion de sa famille. Rosemary est aujourd’hui enfant unique. Pourtant , elle a partagé ses premières années avec une sœur du même âge et un frère aîné. Tous deux ont tour à tour brusquement quitté sa vie sans explication. On comprend rapidement que sa sœur avait quelque chose d’unique. Son frère Lowell, maintenant recherché par le F.B.I, tient Rosemary pour responsable de sa disparition. La jeune femme, laissée dans l’ignorance, craint d’avoir commis un crime odieux.

Les flashbacks teintés de culpabilité et les apartés pleines d’humour de Rosemary reconstituent progressivement une histoire complexe et documentée, émotionnellement saisissante. Comme nous, la narratrice peine à entendre l’insupportable mais son frère Lowell nous rappellera que certaines vérités doivent susciter l’intérêt de tous, aussi cruelles soient-elles. L’auteur nous pousse à repenser les concepts de famille, de parenté et d’humanité. Au cœur du roman, un thème fort qui m’est très cher et qui nous interroge sur ce qui fait de nous des humains. Ce roman pour qui j’ai parfois oublié de cligner des yeux mérite toute l’attention que l’on peut lui donner.

Accompagnement gustatif suggéré : Un Smoothie banane.
Accompagnement sonore suggéré : “We are Family” de Sister Sledge

One thought on “Nos années sauvages . Karen Joy Fowler

  1. Je n’aurais pas dit mieux ! Ta plume retrace à merveille ce que j’ai pu ressentir à la lecture de ce roman (sur tes conseils avisés) 🙂
    J’étais curieuse de voir comment tu rédigerais une chronique sans spoiler LA surprise du récit, tu t’en es sortie haut la main ! Personnellement j’ai ouvert les yeux comme des soucoupes en lisant la révélation. Difficile d’en dire plus sans commettre d’indiscrétion, donc je conclurai avec la pensée selon laquelle l’homme est un loup pour l’homme… et pour tous ceux qui l’entourent.

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