Marx et la poupée Maryam Madjidi

(Le Nouvel Attila, 2017).

   

Prix Goncourt du premier roman 2017, Marx et la poupée torpille la structure habituelle du récit avec beaucoup d’inventivité pour retranscrire l’itinéraire d’une enfant exilée, écartelée entre l’identité iranienne et française. Avec ce premier roman largement autobiographique, Maryam Madjidi remonte à la source du déchirement dans une chronologie anarchique qui nous prive de repères. Déroutante mais pleine de fraicheur, l’écriture apporte son lot de poésie, d’humour et de réflexions.

Maryam nait à Téhéran en 1980 dans une famille habitée d’une grande foi révolutionnaire. Enfant, elle vit au rythme des réunions clandestines. Puis la répression devient toujours plus sévère et l’opposition parentale au régime Khomeini mènera la famille à l’exil en France. La petite fille se trouve alors confrontée à une nouvelle langue et peine à vivre avec cette dichotomie de culture. Elle se heurte aux clichés occidentaux, à la barrière de la langue et finit par maudir la lourdeur culturelle reçue en héritage. Puis peu à peu, son regard d’enfant devient celui d’une adulte qui saisit l’importance de comprendre ses origines. Elle souhaite se réconcilier avec l’aspect pluriel de son identité et nous la suivons dans sa quête, saisis par les anecdotes tour à tour hilarantes et émouvantes qu’elle nous livre. Ainsi va-t-on d’un souvenir à l’autre dans une traversée en tous sens des âges de sa vie, glanant en cours de route de fines réflexions sur la condition d’exilé et la douleur de ne jamais se sentir chez soi.

Au commencement, je dois avouer que ce livre en forme de patchwork foisonnant ne se laisse pas apprivoiser facilement. Il faut accepter d’être privés de repères pour l’apprécier à sa juste valeur. Maryam Madjidi trouve finalement la forme adéquate et le ton juste pour retranscrire le chaos qui caractérise son exil. Porté par une écriture d’une grande force expressive, son roman donne à voir comment les racines déterminent la vie des individus et imprègnent leurs rêves. A travers ses mots, Maryam Madjidi rend un très bel hommage à ses proches.
Jeune enseignante de français langue étrangère pour la Croix-Rouge française auprès des mineurs isolés étrangers, elle s’impose d’emblée avec ce premier roman audacieux.

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