Les soeurs de Fall River . Sarah Schmidt

Traduit de l’anglais (Australie) par Mathilde Bach.
(Rivages, 2018). 445 pages.

   

Avec les sœurs de Fall River, Sarah Schmidt nous concocte un huit clos macabre au charme désuet. Dans la famille Borden, le malaise se terre partout, l’amour est ambigü et la violence inattendue. Dans ce roman noir à l’ancienne, Sarah Schmidt explore l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus sombre. Si le suspens n’est pas électrisant, le malaise est bel et bien au rendez-vous. Sarah Schmidt possède un sens de l’atmosphère et un goût du détail à nous donner la nausée et la chair de poule.

“Il saignait encore. J’ai crié : “quelqu’un a tué Père !”. Il y avait une odeur de pétrole dans l’air, un film visqueux sur mes dents. Le tic-tac de la pendule sur la cheminée résonnait dans la pièce”.
Nous sommes en 1892 et M Borden n’est plus. Sa fille Lizzie le découvre inerte dans le petit salon de leur demeure de Fall River. Un rivière de sang coule de son visage sauvagement découpé à coups de hâche. La découverte d’un deuxième cadavre à l’étage ne tarde pas. Qui a pu commettre un crime d’une telle violence ? Pour quelles raisons ?

A partir d’un fait divers macabre qui a choqué l’Amérique de la fin du XIXème siècle, Sarah Schmidt nous propose un roman noir au charme suranné, à l’opposé d’un thriller sous adrénaline. Nul tueurs en série, psychopathes ou police scientifique ultra équipée, mais une atmosphère étouffante, vénéneuse, malsaine, tout à la fois insoutenable et captivante. Toute la force du livre réside dans cette ambiance oppressante . La romancière pénètre dans la maison des Borden et scrute ce qui se passe derrière les rideaux. Les sensations et les odeurs nous parviennent comme si nous y étions.
On entre tour à tour dans l’esprit de chaque protagoniste. Tous sont tiraillés par des pensées sombres, des rapports familiaux complexes, des désordres mentaux et des sentiments malsains. La folie et une perte insidieuse de repères guette particulièrement Lizzie, vers qui tous les soupçons se tournent. Mais rien n’est si simple. Chaque chapitre oblige sans cesse à repenser nos conclusions, à s’interroger sur les liens troubles qui unissent les membres de cette famille que l’on pensait bien sous tout rapports.
Même si le suspens n’est pas haletant comme dans un thriller où tout se tend comme un arc, saluons le sens du détail , l’atmosphère pénétrante, la narration polyphonique et l’entrée brutale dans le vif du sujet qui nous plonge tout de suite dans le bain.

Accompagnement gustatif suggéré : Que celui qui est capable d’avaler un ragoût de mouton après cette lecture lève la main !
Accompagnement sonore suggéré : Le tic tac de l’horloge.

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