Les cosmonautes ne font que passer . Elitza Gueorguieva

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(Collection Verticales, Gallimard, sept. 2016).

   

Les cosmonautes ne font que passer est un premier roman décalé, ciselé et ultraspeed qui a trouvé son chemin entre comédie et nostalgie pour évoquer aussi bien les tourments intimes d’une jeune fille naïve et lunaire que la chute du communisme en Bulgarie. Un récit mené tambours battants, original de par son thème et son humour. De quoi tirer son épingle du jeu parmi les gros titres de cette rentrée littéraire !

A mi-chemin entre un film de Cédric Klapisch et Good Bye Lenin !, le roman d’Elitza Gueorguieva raconte à pleine bourre le quotidien d’une jeune fillette Bulgare avant et après l’effondrement du mur de Berlin. Combattante forcenée d’une impossible réussite personnelle, elle n’a de cesse d’imaginer des scénarios exaltants pour sa vie. Tous s’avèrent, au final, bien souvent mal pensés ou décevants pour elle, mais très amusants pour nous . A l’âge de 7 ans, elle se rêve en cosmonaute à l’image de Iouri Gagarine, héros soviétique dont elle s’est entichée en visionnant une vidéo de propagande chez son grand-père. Puis le mur de Berlin tombe et tous ces repères s’effondrent les uns après les autres. Heureusement, Kurt Cobain et ses riffs inspirés sont là pour l’aiguiller vers un nouveau chemin…

D’emblée le ton décalé et l’utilisation originale de la deuxième personne du singulier font mouche. La narratrice enchaîne les phrases courtes comme des punchlines, laissant peu de respirations dans son récit. De quoi ravir le lecteur peu tolérant face à une entame un peu molle ou une tendance à la description un peu trop poussée. De quoi agacer un peu les autres sur la durée, forcément. Les chapitres hachés menus et tricotés serrés m’ont fait penser au montage nerveux de la mini-série Bref, dans la lignée des films de Cédric Klapisch. Les pensées et les raisonnements curieux de la narratrice fusent et s’emmêlent dans un chaos souvent hilarant. Le décalage entre l’action du moment et ce qui ce passe dans sa tête crée un effet comique très efficace.
Souvent trop jeune pour capter les machinations politiques, la narratrice commence naturellement à construire son identité sur les repères de son époque. Mais voilà qu’en un temps record, on a liquidé tout ce qui renvoyait à ce monde là. L’empreinte supposée indélébile du régime communiste vole en éclat sans crier gare en même temps que tout ce que la jeune fille prenait pour acquis. Elle nous offre alors un regard empli d’une naïveté drolatique sur la situation et l’air de rien, par une succession de petites anecdotes et de portraits furtifs bien sentis, Les cosmonautes ne font que passer acquiert la force d’un témoignage juste sur la fin de la doctrine communiste. Elitza Gueorguieva nous donne à voir comment les grands bouleversements historiques influencent sur le quotidien de chacun et plus particulièrement sur les pensées et l’évolution d’une enfant.
L’Histoire avec un grand H joue un rôle essentiel dans ce roman. Elitza Gueorguieva l’évoque avec une fantaisie rafraichissante.

Accompagnement gustatif suggéré : Coop-Cola Bulgare.
Accompagnement sonore suggéré : Smells like teen spirit de Nirvana.

3 thoughts on “Les cosmonautes ne font que passer . Elitza Gueorguieva

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