L’abandon des prétentions. Blandine Rinkel

9782213701905-001-X


(Fayard, 2017).

   

Sous un titre aussi beau que mystérieux, Blandine Rinkel livre un texte sensible et piquant sur sa mère Jeanine, sexagénaire naturellement généreuse, sans orgueil ni attente. Sans jamais quitter la commune de Rezé, la vie de Jeanine est telle que le dépaysement est assuré ! Grâce aux multiples visages croisés lors de promenades quotidiennes, Jeanine nous prouve qu’il est possible de voyager sur place. Un moment de lecture savoureux, méditatif et atypique.

Pour beaucoup, les différences effraient et gèlent les relations. Pour Jeanine, elles agissent comme un aimant. C’est ainsi qu’une bonne partie de Rezé transite par sa cuisine rose bonbon qui sent bon les crêpes. Réfugiés, gens de passages, laissés pour compte…tous sont invités de bon cœur.
Au début, on croit à une forme d’inconscience. L’empathie sans commune mesure de Jeanine en déroutera plus d’un, à commencer par sa propre fille. Ses déambulations journalières sont bien plus qu’un mécanisme de défense contre l’oisiveté. Les rencontres inattendues qu’elles produisent agissent comme un carburant.
En choisissant sa mère comme personnage central, Blandine Rinkel cherche à mettre en lumière un héritage spirituel aussi précieux que plein d’humilité. On devine aussi très vite la volonté de matérialiser par les mots le lien maternel et l’envie de comprendre ce qui bien souvent l’exaspère. Elle observe les gestes et les attitudes de sa mère, les couche sur le papier pour être au plus près d’elle et tenter de toucher du doigt sa vérité. La plume de Blandine Rinkel, tendre et moqueuse à la fois, est à l’image de beaucoup de relations mère/fille : un mélange de complicité, d’exaspération et d’incompréhensions mutuelles…
Au fil des pages apparaît un très beau portrait, tout en mosaïque, d’une femme qui « contre la tyrannie des ambitions […] a préféré affiner sa part sensible. ». Dans son agitation constante, Jeanine chancelle parfois, s’effraie, doute, puis se ressaisit pour ne jamais cesser de mettre en œuvre ses idéaux. Des idéaux à la portée de tous, quand on y réfléchit bien.
On s’interroge alors sur la différence entre naïveté et gentillesse. tout n’est qu’une question de perception, finalement.


Accompagnement gustatif suggéré : Des crêpes maison.

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