K.O. d’Hector Mathis

(BUCHET.CHASTEL, 16 août 2018).
201 pages

   

K.O est un de ces romans dont on relit des passages à voix haute pour en savourer la langue, la musicalité et la rythmique. Deux-cents pages qui ne laissent aucun répit au lecteur et le laisse un peu K.O…mais heureux d’avoir rencontré une si belle plume. Les mots et la musique d’Hector Mathis valseront longtemps dans mon cerveau. Histoire d’un jeune homme traqué par la mort, K.O est un premier roman dense, fort et paradoxalement lumineux. Une claque en plein visage…

Le titre qui s’écrit K.O mais se prononce aussi chaos indique déjà l’idée de désordre irréversible, de tension et de violence. L’Europe entière est plongée dans la peur, les attentats et l’horreur. Le livre s’ouvre sur la solitude du narrateur (Sitam) que l’on devine en fuite, à la recherche d’un endroit où trouver le repos et la paix. Mille questions surgissent autour des évènements qui semblent l’avoir mis K.O. Sans être sûrs de bien comprendre, on entend parler de cris, de coups, de compteur à cadavre qui s’affole et de grande fête foraine des horreurs en plein paname. Lorsqu’il croise le chemin du vieil Archibald, Sitam entreprend de raconter son histoire…
La nuit fraiche enveloppe les deux hommes liés par le fil d’un récit qui remonte au commencement du chaos, quand Sitam était encore un jeune homme innocent, plein de vie, amoureux de la môme Capu. Sitam, la vingtaine, est un original qui s’évade par l’imagination et s’élève par l’écriture. Peu causant mais terriblement attentif aux autres, Sitam habite l’instant présent, cultive une certaine forme d’innocence lumineuse. Lui et la môme Capu sont des électrons libres qui gravitent loin du tumulte de la vie contemporaine.
Puis, l’histoire de Sitam se resserre petit à petit autour du désespoir. La mort n’est plus une chose lointaine et abstraite. Elle rode à présent autour de lui. Ce roman parle de la perte d’une forme d’innocence mais raconte aussi l’amour et les rencontres qui servent parfois de béquilles face à l’adversité. Même au fond du trou, Sitam ne quitte jamais son appétit de vivre, sa curiosité des autres et sa fureur d’écrire.
K.O, c’est d’abord une écriture, inédite, visuelle, charnelle, qui réussit à dépeindre avec la même intensité un morceau de jazz entendu sur les ondes et l’affolement d’une ville mise à feu et à sang. Hector Mathis livre les mots au pas de course, laisse peu de respirations entre les lignes, mais saisit sur son passage l’essentiel. Pas de fioritures mais des descriptions précises à couper le souffle, des images percutantes et de l’émotion pure. Le ciel, les paysages et les villes sont des personnages particulièrement présents et admirablement bien décrits. Sitam capte tout : la luminosité, les mouvements, les couleurs, les impressions…On en ressort secoués et éblouis.

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