En attendant Bojangles . Olivier Bourdeaut

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(Finitude, 2016).

   

Succès surprise de ce début d’année, En attendant Bojangles est une fable fraiche et fantaisiste qui se dévore en un rien de temps. Pétillante et tragique à la fois, cette histoire d’amour racontée à hauteur d’enfant m’a fait rire, rêver et pleurer. Résolument optimiste, ce livre fait un bien fou !

Un jeune garçon y conte son enfance hors-norme entre deux parents franchement fantasques et intensément amoureux qui vivent selon leur bon plaisir. La mère n’est que déraison et impétuosité. Le père est un véritable chef d’orchestre qui oeuvre dans l’ombre, afin que leur bonheur ne cesse jamais. Le jeune narrateur, émerveillé par le couple de grands gamins formé par ses parents, se demande encore comment les autres enfants font pour vivre sans eux…
Adieu l’école, les banalités sociales et le poids du réel ! Dans leur très grand appartement, la vie de cette famille complètement déglinguée n’est qu’extravagance et poésie.
Pourtant un jour, la fable vire au noir. Mais cette famille si douée pour enchanter son existence du temps où elle était encore douce , ne renoncera devant rien pour tenter de contredire ce destin inacceptable. Leur imagination sans faille n’a plus qu’un seul but : faire perdurer la fête…

Dans une prose imagée qui n’est pas sans rappeler celle de Boris Vian dans L’Ecume des jours, Olivier Bourdeaut nous amène un peu d’optimisme dans une période maussade de notre époque. En lisant En attendant Bojangles, on se retrouve enveloppé dans une bulle hors du temps. Ce roman est un hymne à la joie, un éloge de l’extravagance et de la folie douce.
Le personnage de la mère sème une réjouissante pagaille et fait tourner en bourrique tous les bureaucrates qui croisent sa route avec un sens de la répartie désarmant. Sa façon d’envoyer valser toutes les conventions m’a servi d’exutoire ! Le personnage du père, qui manie l’art du mensonge avec poésie , a le don de redessiner la vie en plus belle, en plus pétillante, par la seule force de son imagination.
Dans ce court roman souvent très drôle, une émotion poignante trouble peu à peu le récit : quand le fils nous décrit innocemment des scènes déroutantes sans en comprendre la gravité ou que le père prend la parole d’un ton plus soucieux. Quand arrive enfin le moment le plus critique où il n’y a plus de quoi rire du tout, on mesure la belle réussite d’Olivier Bourdeaut. En attendant Bojangles fait partie de ces romans qui en toute simplicité vous donne une claque sans en avoir l’air. L’auteur a imaginé, le temps d’une fable, que l’amour pouvait être capable de contredire l’inéluctable. C’est beau.
Rien n’est grave, tout est possible. Je ne manquerai pas d’essayer de retenir la leçon…

Accompagnement gustatif suggéré : Cocktail vitaminé et coloré.
Accompagnement sonore suggéré : La voix grave et envoûtante de Nina Simone, évidemment.

One thought on “En attendant Bojangles . Olivier Bourdeaut

  1. Ta description est parfaite, une fois de plus tu as su trouver les mots justes… Et, bon sang, j’ai autant ri (au début) que pleuré (à la fin)… et encore, “pleuré” est un euphémisme !
    L’écriture est très dynamique, légère, on ne s’ennuie jamais, j’ai été happée dès la première page !
    Superbe roman, merci de m’avoir donné envie de le lire !

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