Dans la forêt . Jean Hegland

Traduit de l’américain par Josette Chicheportiche
(Gallmeister grand format, 2017).
304 pages

Parution en poche le 7 juin 2018.
380 pages

   

Comment continuer à vivre dans un présent que l’on ne comprend pas ? Quand la civilisation s’effondre, que la planète est épuisée et que toutes les technologies sont à l’arrêt ? Confrontées au deuil, à l’inquiétude, à la confusion et à la solitude, deux soeurs tentent de survirent dans leur maison familiale au coeur de la forêt. Une lecture tour à tour exaltante, hypnotisante et très dérangeante. J’ai refermé le livre perplexe, déstabilisée, tiraillée entre l’admiration et la déception…

Nell et Eva ne connaissent pas les bancs de l’école. Elles apprennent ce qu’elles veulent, comme elles le veulent et quand elles le veulent. Une fierté pour leur père qui ne manque pas de le rappeler : “Mes filles ont la jouissance de la forêt et de la bibliothèque municipale. Elles ont une mère à la maison qui leur prépare à manger et leur explique les mots qu’elles ne connaissent pas. L’école ne serait qu’un obstacle à ça.” Même si elles vivent recluses, les deux soeurs sont fusionnelles et l’enfance est heureuse. A dix-sept et dix-huit ans, elles entrent dans l’âge des possibles, les caractères s’affirment et les relations évoluent. L’une rêve d’entrer dans une prestigieuse université, l’autre se consacre corps et âme à la danse. Leurs parents n’ont jamais planifié leurs études et encore moins le désastre imminent. Peu à peu, sans explication précise, les magasins cessent d’ouvrir, les voitures sont abandonnées sur le bas-côté, l’electricité vient à manquer et les denrées s’amenuisent. Une partie de la population bat en retraite vers l’inconnu, l’autre succombe au manque de soins médicaux… Nell et Eva se retrouvent bientôt seules au milieu d’un décor de désolation, obligées de se rendre à l’évidence que l’impensable est en train de se produire : la civilisation n’existe plus…

Le roman s’interroge avec beaucoup d’intelligence sur ce qui perdure chez l’être humain quand le monde est dévasté sans explication. Jean Hegland ne s’épanche pas sur le chaos, la panique et l’anarchie avec de grandes scènes spectaculaires. Elle suspend le temps et préfère nous ancrer complètement dans la peau de ces deux jeunes filles isolées dans la forêt, créant un huit-clos oppressant et captivant dans lequel nous sommes aussi ignorants que les personnages. Elle se concentre sur ce qu’il advient des relations entre deux soeurs lorsque l’autre devient son seul et unique repère. Comment s’émanciper sans craindre de perdre l’autre ? Comment accepter nos différences lorsque l’on est obligées de s’unir à tout prix ? Sur qui projeter les troubles émois de son âge quand il n’y a plus personne ?…Devant leurs projets de vie contrariés, les deux jeunes femmes sont poussées dans leur retranchements, en proie à la frustration, l’impuissance et l’incompréhension. Aux côtés de Nell et Eva, nous allons vivre les conséquences psychologiques de ce terrible évènement, leur enfermement et leur tentative de retour à la nature…
A ce moment là du récit, Jean Hegland part loin…trèèèèèès loin…Sans vous dévoiler l’histoire, la tournure qu’elle prend m’a laissée bouche bée et très dubitative. La crédibilité du récit en a pris un coup. Après m’avoir emportée sur plus de 200 pages, Jean Hegland m’a laissée sur le carreau pour le final et je me suis alors sentie ballotée entre d’inoubliables instants de grâce et des pages profondément déstabilisantes et décevantes jusqu’au dénouement. Avec certes un talent fou , mais aussi des choix contestables, Jean Hegland compose indéniablement un récit qui ne laisse pas indifférent !

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