Continuer . Laurent Mauvignier

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(Les Éditions de Minuit, 2016).

   

Voyage initiatique d’une quadra aux prises avec un adolescent à la dérive, Continuer nous emmène au cœur des montagnes du kirghizistan. Histoire d’amour entre une mère et son fils doublée d’un roman d’aventures parcouru de grandes envolées cinématographiques, ce livre fait galoper les émotions de bout en bout. Un très beau portrait de femme et une belle réflexion sur le rejet des autres. Tenter de réhabiliter ce qui nous effraie pour continuer à aimer la vie, telle pourrait être la devise de ce roman.

D’un côté Sybille, en pleine dégringolade sociale, grosse fumeuse un brin alcoolique, dépassée par les actes racistes et violents de son fils. De l’autre Samuel, adolescent désaxé, imprévisible et autodestructeur, dont la peur de l’autre s’est transmuée en racisme.
Pour sauver ce fils en perdition et retrouver la paix, Sybille lui impose un projet radical un peu fou : un trek équestre dans les montagnes kirghizes. Son ex-mari la croit incapable de réussir un tel périple mais elle compte bien le faire mentir. Elle doit à tout prix repousser la déflagration fatale qui menace sa relation avec son fils. Sibylle semble bien fragile pour cette chevauchée insensée. Au fil des années, des bouleversements ont eu raison de sa joie de vivre et de ses ambitions de jeune femme. Ce voyage sonne comme une dernière chance pour son fils comme pour elle.

Sybille est aussi extravagante que pathétique, mais impossible de lui tenir rigueur de ses faiblesses tant son obstination pour sauver son fils est touchante. La beauté un peu désespérée du livre tient, entre autres, aux efforts parfois maladroits qu’elle déploie pour les mener vers la rédemption. Tantôt irresponsable, tantôt mère-courage, cette femme un peu perdue est bouleversante.
Les craintes de son fils font écho à celles d’une France en état de choc suite aux attentats. Sans excuser la phobie raciste, le livre tente de nous l’expliquer à travers le profil de cet adolescent paumé. L’auteur se refuse à diaboliser la peur de l’autre mais cherche à nous apporter la preuve qu’il est possible (et indispensable) de l’apprivoiser pour continuer à vivre. Tout comme son héroïne, il espère rapprocher les êtres, contredire les amalgames et réviser les jugements hâtifs. Une bien belle entreprise, en plein dans l’actualité politique.
Pourquoi ne pas attribuer cinq cœurs à ce roman dont je fais une critique dithyrambique ? Tout simplement parce que les envolées cinématographiques sans demi-mesure ont provoqué chez moi un contre-effet pervers. C’est entier, certes, mais c’est presque trop chargé. L’économie de mot et d’effets dont fait preuve l’auteur dans les moments suspendus m’a paru bien plus saisissante. Des instants magiques où, propulsés au plus près de la nature et de l’humain, nous prenons pleinement conscience de l’immense beauté de cette relation mère-fils, faite de pudeur et de non-dits.

Accompagnement gustatif suggéré : Un verre de Koumis.
Accompagnement sonore suggéré : Heroes de David Bowie.

2 thoughts on “Continuer . Laurent Mauvignier

    1. Oh mince ! C’est possible ! Je n’arrive pas à mettre la main sur un passage mentionnant son âge mais au vu de son parcours et de l’âge de son fils, mon esprit à visualisé une femme avoisinant les quarante ans…

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