Comment tu parles de ton père . Joann Sfar

9782226329776-x


(Albin Michel, 2016).

   

Prolifique et talentueux auteur de bande-dessinées, brillant réalisateur de films et conteur sensible, Joann Sfar s’essaye aussi parfois à l’écriture autobiographique. Au fil de son dernier roman, Comment tu parles de ton père, il se livre de façon désarmante, mêlant humour et mélancolie. Décousu et pas toujours bien écrit, son récit n’est pas pour autant dénué de charme, bien au contraire.

Eternel grand gamin de 44 ans, Joann Sfar restitue ses souvenirs ­d’enfance et de jeunesse, miraculeusement intacts et désarmants. Au centre de tout, son père dont il s’est trouvé privé il y a peu. on comprend vite que Joann Sfar choisit l’écriture comme processus de deuil et comme rempart contre la dépression. L’hommage rendu à celui qui fut un pilier et un mentor pour lui est très touchant. L’occasion aussi de nous en révéler d’avantage sur son enfance entre une famille paternelle traditionaliste et une famille maternelle plus contestataire. Partagé entre son désir d’émancipation et son besoin de racines, Le jeune Joann grandit dans l’ombre d’un père imposant, charismatique et déstabilisant.
Malgré les apparences, Comment tu parles de ton père n’est pas un livre tragique ; il est poétique, émouvant et drôle. Le souvenir y est une douce mélodie et la douleur ne se fait jamais pesante. Sans l’humour, le récit de Joann Sfar serait probablement d’une tristesse incommensurable mais rassurez-vous, celui-ci est bel et bien présent.
Le récit est globalement peu écrit mais non dépourvu de charme. Il est à l’image de son créateur : bouillonnant, papillonnant, brouillon, drôle, candide et attachant.
Joann Sfar est un touche-à-tout qui réussit plus ou moins bien ce qu’il entreprend mais même dans ses (petits) échecs, il parvient toujours à m’émouvoir.
Quelques fulgurances traversent le récit, parsemées deci delà. Dans cet ensemble inégal , ces phrases magnifiques valent à elles-seules le détour. Joann Sfar nous offre une nouvelle parenthèse poétique et émouvante dont il serait dommage de se priver. Biensûr, on ne cesse de se demander en parcourant ce nouveau roman, à quoi aurait ressemblé cette histoire si Joann Sfar l’avait transposée en image. Sans doute une merveille plus touchante encore.


Accompagnement sonore suggéré : Histoire de Mélodie Nelson de Gainsbourg

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