Chanson douce . Leïla Slimani

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(Gallimard, 2016).

   

Ce titre est un piège. La Chanson douce de Leïla Slimani cache un drame psychologique glaçant, saisissant de réalisme. Une plongée terrifiante dans la psyché d’une nourrice meurtrière. Culpabilité, sentiments éperdus, vide affectif et jalousie sociale hantent ce récit poignant. En lice pour la plupart des prix littéraires francophones, ce roman uppercut secoue et maintient sous tension.

Sans préambule, le roman s’ouvre sur le cri animal d’une mère en état de choc : « Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert ». Ensuite le temps remonte et le cheminement qui aboutit au drame se déroule. Comment ce geste odieux a t-il pu arriver ? Myriam avait pourtant choisi cette nounou avec le plus grand soin. A leur rencontre, l’alchimie entre les deux femmes est instantanée. C’est une évidence pour ce couple de Bobos : Louise est parfaite pour veiller sur leurs enfants tandis que Myriam reprend sa carrière d’avocate. Avec son air doux, sa peau diaphane, ses longues jupes impeccables et ses bonnes manières, Louise inspire confiance. Rapidement, elle s’immisce au sein du noyau familial jusqu’à devenir indispensable. En plus de s’occuper des enfants, elle fait le ménage, la cuisine et ne se plaint jamais. Pourtant une violence sourde progresse dans l’ombre. Certains comportements de Louise déconcertent parfois le couple mais l’alerte n’est jamais assez évidente pour les faire réagir…

Louise prend place dans l’intimité de la famille tout en restant invisible. Les parents lui confient ce qu’ils ont de plus cher mais elle demeure une éternelle étrangère. Elle en est meurtrie.  Le roman se penche avec justesse sur l’ambiguité de la relation mère/nourrice et brosse des personnages complexes, tiraillés par des obligations et des désirs contradictoires. La mère se résout péniblement à confier ses enfants au nom de son épanouïssement professionnel alors que la nourrice pense à tord pouvoir tromper sa solitude grâce à son travail.
Le fossé social qui sépare la nourrice de cette famille bourgeoise ne fait qu’aggraver ses blessures. Myriam et son mari ont conscience du malaise mais pensent l’atténuer par des attentions bienveillantes mais très maladroites. Ils vont sans le savoir précipiter le drame. Alerté dès les premières pages de l’issue tragique, le lecteur observe le mal progresser, totalement impuissant. Une composition magistrale qui maintient la tension à son apogée. Si vous commencez ce livre, sachez que vous n’en sortirez pas indemnes…
Le sujet du livre est extrêmement rude, pour ne pas dire insoutenable. Expédier le crime dès le début est une preuve de bon goût qui épargne au lecteur un suspens malsain et un vrai coup de génie narratif.

2 thoughts on “Chanson douce . Leïla Slimani

  1. A force de lire des avis positifs je ne vais même pas attendre sa sortie en poche pour pouvoir me le procurer, je connais l’auteur avec son premier roman Dans le jardin de l’ogre que j’avais adoré. Et j’ai l’impression que quand elle s’empare d’un sujet elle le fait extrêmement bien, dans une délicatesse extrême qui augmente le côté très malsain de la psychologie du personnage.

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