Celle que vous croyez . Camille Laurens

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(Gallimard, 2016).

   

Avec Celle que vous croyez, Camille Laurens va se jouer de vous ! Construite à la manière d’un thriller psychologique, cette autofiction haletante et intelligente cherche à nous dérouter et à nous instruire. Il y est question d’usurpation d’identité, de faux-semblants mais aussi de réflexions sur les femmes, le désir amoureux et le désir d’écrire.

Pour Claire Millecam, 48 ans, le constat est sans appel : une femme, passé cinquante ans, est priée de renoncer à son désir. En somme, elle disparaît de son vivant. Seulement voilà, Claire a besoin d’amour. Claire s’accroche au désir envers et contre tout. Claire ne peut se résoudre à franchir ce pas vers la mort. Elle imagine alors un stratagème aussi facile à mettre en place que dangereux : utiliser un faux profil facebook pour continuer à séduire. Au départ, le petit jeu devait servir à surveiller un amant volage mais rapidement, Claire va voir en lui le remède inespéré capable de retenir sa jeunesse. Sur la toile, elle devient une jolie brune de 20 ans sa cadette. Immédiatement, un jeune homme mord à l’hameçon. De fil en aiguille, les échanges timides glissent vers la liaison amoureuse. De fil en aiguille, Claire et son double virtuel se confondent dans son esprit. De fil en aiguille, le mensonge va engendrer le mal-être, jusqu’à la perte de la raison…

Cette histoire nous est d’abord racontée par Claire Millecam elle-même. Dans la première partie du livre, la narratrice, internée dans un asile, explique à son psychiatre comment elle en est arrivée là. S’ensuit la version du spécialiste, intrigante. Puis celle d’un dernier personnage, perturbante. Entre chacune des trois parties du roman, Camille Laurens rebat les cartes pour mieux brouiller les pistes. On ne sait plus comment distinguer ni le vrai du faux, ni la fiction du réel. C’est vertigineux et captivant. L’histoire pourrait bien ne pas être celle que l’on croit…
Ce dispositif narratif brillant est une grande force du roman, mais pas seulement. La pertinence des idées véhiculées contribue elle aussi à la réussite du récit. Il y a en premier lieu, bien sûr, la brutalité du réel mis en opposition face aux fantasmes entretenus par un monde virtuel. Ceci étant dit, contrairement à ce que pourrait le laisser penser son résumé, le roman ne tourne pas uniquement autour de ça. Il nous amène vers des réflexions plus profondes.
A travers le monologue nerveux et plein d’humour de la combative et excessive Claire, Camille Laurens bombarde le lecteur de vérités féministes, ainsi forcé de constater que la domination masculine est encore très présente, y compris dans notre société occidentale. Plus généralement, on se demande, dans le fond, ce qui nous fait exister aux yeux des autres. Véritable livre dans le livre, Celle que vous croyez est aussi une déclaration d’amour pour les mots et les histoires. Pour l’auteure et son personnage, coucher la vie sur du papier permet d’en supporter les difficultés.
De la première à la dernière page, Camille Laurens tient le lecteur prisonnier dans un suspense grandissant pour mieux faire passer des idées qui lui tiennent à cœur. On se demande vraiment qui manipule qui dans cette histoire ! Je vous conseille de vous laisser prendre au piège.

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