Ceci n’est pas une histoire d’amour . Mark Haskell Smith

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Traduit de l’anglais (États-unis) par Julien Guérif (Rivages, 2016).

   

Ceci n’est pas une histoire d’amour est une comédie truculente et déjantée où la superficialité de la téléréalité percute l’auto-suffisance du monde littéraire. Un roman bourré de qualités qui peut divinement bien se marier avec votre transat estival, à condition cependant d’apprécier l’abus de ressorts comiques où tout (ou presque) se passe au dessous de la ceinture. Personnellement, j’ai frôlé l’indigestion d’humour potache.

Gros muscles et petit cerveau, Sepp est une star de la téléréalité en plein essor dont l’immense succès repose en grande partie sur des tablettes de chocolats magnifiquement sculptées (comme quoi…). Grosses lunettes et petite poitrine, Harriet est une étoile montante dans la communauté des critiques littéraires dont la solide réputation résulte d’un franc-parler dégainé sans filtre.
Ces jours-ci, la sortie du premier roman fortement autobiographique de Sepp monopolise l’attention des médias, ce qui a le don d’exaspérer notre jeune critique. Que l’œuvre de ce simple d’esprit rencontre le succès parmi “les siens” passe encore, mais qu’il reçoive l’estime de critiques de renom en est une autre : s’en est trop pour Harriet !
Pour receler d’autant de qualités, il ne fait aucun doute que ce roman est l’œuvre d’un nègre qu’elle compte bien démasquer. Le coupable en question se prénomme Curtis, écrivain raté mais talentueux qui peine à digérer la tangente opérée par sa carrière tant elle le mène aux antipodes de ces idéaux artistiques de départ. Les dépenses qu’il s’accorde avec son nouveau salaire l’aident cependant plutôt bien à relativiser…
En faisant se croiser leurs destins, ce trio incongru va s’embarquer dans une situation qui va légèrement déraper…

Entre un Apollon fleur bleue écervelé qui cherche l’amour avec un grand A et deux intellos élitistes frustrés et amers , le casting est délectable et tout le monde en prend pour son grade. Les répliques et les digressions souvent hilarantes de chaque personnage dressent un tableau désopilant mais très bien vu des mœurs culturelles contemporaines. L’auteur manie la provocation avec intelligence même si elle est livrée sans détours. Il s’amuse avec ses personnages et prend un malin plaisir à les placer dans des situations ingérables et franchement : ils sont fantastiques une fois embourbés dans leurs tribulations. Pour moi, le roman aurait était parfait si l’auteur s’était contenté de jouer la carte de l’humour caustique et du décalage mais le récit donne à l’excès dans le salace. Mark Haskell Smith n’est pas du genre à mâcher ces mots, surtout lorsqu’il s’agit de sexe et après avoir vu apparaitre une dizaine de fois les mots “bite”, “cul” et “chatte” dans ma lecture, j’ai commencé quelque peu à me lasser…
Vous l’aurez compris, il faut donc être relativement friand de l’humour très sexuel qui inonde actuellement les comédies américaines au cinéma pour apprécier pleinement ce roman.

Accompagnement gustatif suggéré : Champagne ou thé, c’est selon.
Accompagnement sonore suggéré : Les histoires d’A des Rita Mitsoukos

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