Bondrée . Andrée A.Michaud

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(Rivages, 2016).

   

Polar dont la couverture traduit parfaitement l’atmosphère, Bondrée séduit par son élégance et ses images poétiques plus que par son suspense. Il s’agit moins pour nous de résoudre une intrigue policière que d’assister à un spectacle envoûtant très esthétique, soutenu par une plume qui décrit aussi brillamment les paysages que le flux de pensées qui traverse le cerveau humain. Avec une intrigue sobre mais convaincante qui se déplie minutieusement, des personnages profonds et une écriture évocatrice, Bondrée est indéniablement un roman à lire. Peut-être pas un thriller qui nous renversera par son originalité et son audace, mais assurément un roman noir très séduisant.

L’histoire commence l’été 1967, au cœur des épaisses forêts qui encerclent le lac de Boundary pound. La jeune Zaza Mulligan, dont la beauté insolente et insouciance déliait les langues, est retrouvée morte au pied d’un arbre. Le temps s’arrête, les estivants sont terrifiés et craignent pour leurs enfants. Faut-il conclure à un accident  ou imaginer l’œuvre d’un dangereux psychopathe prêt à récidiver ?

L’intrigue policière de Bondrée n’est en rien révolutionnaire, ni même novatrice. Elle navigue en terrain familier. Lentement, l’inspecteur Stan Michaud et son jeune acolyte mènent l’enquête, interrogent le voisinage et les proches de la victime, font leur boulot de flics. Sans effets spectaculaires, sans rebondissements tétanisants, sans fioritures. Ce pourrait être ennuyeux à mourir, mais c’est captivant. Le mérite revient à la plume élégante et poétique d’Andrée A.Michaud qui s’adresse aux sens en offrant un univers enveloppant. L’auteure imagine un polar à infusion lente qui laisse sournoisement l’impression que des fantômes se baladent partout. Bondrée n’est pas de ces thrillers qui ébouillante les nerfs avec un insoutenable suspense mais bien un roman axé sur l’esthétique et la psychologie, imprégné d’une atmosphère envoûtante. L’histoire se déplie minutieusement, broyant au passage le noir de quelques angoisses bien humaines : les envies de meurtre ou de mort, la peur d’être tué, l’attraction et la révulsion des corps, la sexualité, la solitude…
L’absence totale de dialogue et l’intrusion de termes anglais m’ont déroutée mais Bondrée et l’écriture d’Andrée A.Michaud restent une belle découverte.

Accompagnement gustatif suggéré : Chocolats Lowney’s.
Accompagnement sonore suggéré : Lucy in the sky with diamonds des Beatles.

3 thoughts on “Bondrée . Andrée A.Michaud

  1. J’ai découvert ce roman cette année et c’est une très belle découverte. Je suis d’accord avec toi: sa force ne tient pas dans l’intrigue, mais dans le style. Et quelle atmosphère…

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