Escale à la librairie Elkar à Bayonne !

Christelle Chandanson
Libraire spécialiste des Sciences humaines à la
librairie Elkar (Bayonne)

1981. Alors que la loi Lang est votée, Christelle Chandanson pointe le bout de mon nez pour le plonger aussitôt dans les livres. Décidée à en faire mon métier, elle se forme aux métiers du livre (IUT, Bordeaux, 2001), et à la documentation d’entreprise. Au Pays basque depuis 2001, elle a expérimenté plusieurs types de librairies (GSS et librairie indépendante). En 2008, elle rejoint l’équipe de la librairie Elkar (Bayonne) pour travailler auprès des collectivités et gérer les rayons Sciences humaines et Universitaire. Elle nous ouvre les portes de la librairie pour nous livrer ses conseils lecture et assouvir notre curiosité sur le métier de libraire. Que demander de mieux ? C’est parti…


Bonjour Christelle, pouvez-vous nous décrire ce qui vous plaît le plus dans le métier de libraire ?
La librairie est un métier à visage multiple. Loin de l’habituelle image du libraire-lecteur qui ne sort pas de sa lecture de sa journée, nous touchons à tellement de domaines que je me servirai de cet aspect pour vous répondre. Je fais tellement de choses différentes en une journée que je peux toujours retrouver l’élan qui redonne l’envie de continuer à partager notre joie et notre amour de la lecture. J’aime le produit “livre”, mais ce qui me ravit le plus c’est la circulation du “contenu”, la pensée, le rêve et l’espoir. Et même si le livre n’a plus l’exclusivité de la diffusion du savoir, il est un support fiable et permanent. Alors ce que j’adore le plus c’est quand un client échange ses découvertes, c’est ce partage, fait d’écoute et d’attention qui est l’essence même de mon métier.


     

Quel dernier essai/récit vous a le plus marqué ?
Pour cette rentrée, j’ai deux véritables coups de cœur : Fille de révolutionnaire de Laurence Debray (Stock) et L’art d’être libre dans un monde absurde, de Tom Hodgkinson (les Liens qui libèrent).
Le premier est un récit témoignage de la fille de Régis Debray, l’intellectuel français qui a participé à la révolution sud américaine au côté du Che Guevara. C’est un livre très surprenant, l’auteure nous offre une critique douce amer de ses parents et de son enfance, mais en faisant cette mise au point familiale, elle nous donne aussi une vision de tout ce qu’elle aura hérité de ses géniteurs malgré tout : une révolte à tout va.
Comme un écho à cette lecture, le second titre est encore plus libérateur, et reflète le contenu à sa mesure. Tom Hodgkinson nous donne en de courts chapitres toutes les raisons d’abandonner ce stupide fonctionnement du monde contemporain et ce avec joie et musique. Un programme parfait pour se remonter le moral en ces jours rétrécissant…


Christelle Chandanson nous propose dans la dernière revue PAGE un excellent dossier sur des essais “qui allient optimisme et générosité”. Une sélection inspirée et inspirante bienvenue par les temps qui courent.
Emma

Le genre dystopique connait une énorme impulsion ses derniers temps. Pensez-vous la fiction capable de nous inviter à réfléchir sur notre monde autant qu’un essai ?
C’est vrai que ce type de roman vit un retour visible, sur les rayonnages des libraires. Les sables de l’Amargosa de Claire Vaye Watkins (Albin Michel) en est un excellent exemple. La littérature révèle souvent les préoccupations des auteurs et de leurs angoisses du futur. Quelles soient politiques ou climatiques, les questions de demain peuvent être soutenues par des fictions, mais le poids de la littérature me semble bien trop faible face à l’ampleur du besoin de changement. C’est clairement un bon levier, mais qui je l’espère conduira le lecteur vers un essai. Car eux aussi vivent une véritable cure de jouvence, un grand nombre d’essais publiés cet automne sont lisibles par tous et vous apporteront de très bon moments de lectures !


Les Sables de l’Amargosa est un de mes coups coeur de cette rentrée. Claire Vaye Watkins y mêle avec brio un monde teinté de fantastique et des enjeux intimes poignants, conférant à son récit un réalisme saisissant. A mi-chemin entre le roman d’anticipation, d’aventure et le roman d’amour. La prose de la jeune auteure Californienne impressionne.Retrouvez la chronique complète ici
Emma

Quel roman graphique vous semble incontournable cet automne ?
Ces derniers temps, je n’ai pas lu beaucoup de bandes dessinées. Sinon l’excellente adaptation de Ari Folman et David Polonsky, (les auteurs de Valse avec Bachir) du Journal d’Anne Frank qui m’a fait découvrir ce fabuleux texte. Plus documentaire, la nouvelle Histoire dessinée de la France coédition de la Revue dessinée et La découverte de manière assez loufoque interroge sur la question de l’origine de la France et donc sur l’identité. Ne passez pas à côté…


Dossier proposé par Christelle Chandanson dans la revue PAGE n°186. J’ai eu la chance d’avoir entre mes mains le roman graphique adapté du journal d’Anne Frank : les illustrations magnifiques, l’objet est magnifique. Il sera sûrement dans ma liste au Père Noël…
Emma

Que vous apporte votre partenariat avec la revue Page ?
Ma participation à la revue Page est récente. Jusqu’à peu, je lisais les articles et utilisais cet éventail de propositions pour choisir mes lectures personnelles et pour affiner l’offre de mon rayon, les Sciences Humaines. Sur suggestion d’une collègue, je me suis inscrite et ai commencé à partager mes coups de cœur. De pages en lectures, j’ai eu l’occasion d’écrire des articles et d’y prendre goût. C’est un exercice différent que de conseiller à un client en face à face, mais c’est enrichissant et un excellent moteur de lecture. Puis en juillet dernier, j’ai eu l’opportunité de participer à la première Journée Sciences Humaine organisée par Page. En moins d’un mois, nous avons lu près de 20 titres dans le domaine des essais ! Un vrai défi, mais une fabuleuse expérience, qui redonne un souffle à ma pratique du métier… Et ce aussi bien grâce à la rencontre et les échanges avec d’autres libraires et les éditeurs qu’à l’exercice de présentation des ouvrages face à un public. Et malgré mes 18 ans de librairie, je vois que j’ai encore beaucoup à apprendre !


Le numéro 186 de la revue PAGE des libraires est actuellement en librairie. Comme le précise Christelle Chandanson dans son édito : Il fait la part belle aux essais sous toutes ces formes. On y retrouve également une sélection de lectures d’automne en littérature, BD, jeunesse, polar… Il nous prouve que l’automne nous réserve plein de bonnes choses !


Comment décririez-vous votre bibliothèque personnelle ?
Ma bibliothèque personnelle (j’entends, parmi les livres lus, ceux que je conserve après sélection), est on ne peut plus simple. Elle est composée de deux caisses de vins et comporte en tout est pour tout une petite trentaine de titres. Étant entourée de livres toute la journée, je m’attache plus au contenu qu’au contenant. Quand j’ai un titre coup de cœur, j’ai tendance à le “libérer” et le laisser partir bouleverser ou toucher d’autres personnes. Je ne garde que les textes qui ont une importance pour moi, aujourd’hui, et fais très régulièrement du tri sur ces deux étagères. En dehors de titres de parentalité, on y trouvera Orgueil et Préjugés de Jane Austen (en français et en anglais), La Route de Mc Carthy, Manhattan Transfer de Dos Passos, L’art de la simplicité de Dominique Loreau, et Résister de Thoreau. Cette sélection est pour moi une sorte de petite pharmacie où je peux trouver à chaque instant de quoi accompagner les coups de mou ou les coups de stress… Pour toujours reprendre pied avec l’essentiel.




Retrouvez les précédentes escales de mon tour de France des Libraires :
Aurélie Janssens, libraire à la librairie Page et Plume (Limoges)
Betty Duval-Hubert, libraire à la librairie La buissonnière (Yvetot)
Cécile Babois, libraire (spécialiste Jeunesse) à la librairie Le carnet à spirales (Charlieu)
Charlène Busalli Libraire à La Librairie du Tramway (Lyon)

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